L'asile des Petites soeurs des pauvres

    Carte blanche à Martial Andrieu
    Page   17 Fév 2021

    À l’origine de la Congrégation des Petites Soeurs des Pauvres, la bienheureuse Sainte-Marie de la Croix alias Jeanne Jugan (1792-1879) qui dès 1839 à Saint-Servan (Bretagne) apporte secours et assistance aux personnes âgées dans le besoin. Le remarquable dévouement de la religieuse à sa tâche donne l’envie à d’autres de la rejoindre. Dix ans plus tard, le nom de Petites soeurs des pauvres finit par être adopté par la congrégation, reconnue comme telle par le pape Pie IX le 9 juillet 1854. Tout serait allé pour le mieux, s’il n’y avait eu l’abbé Le Pailleur et son orgueil pour démettre Jeanne de ses fonctions de mère supérieure et placer à sa place, Marie Jamet. Pendant plusieurs décennies, ce curé déforma la vérité sur l’histoire de la fondation de cette congrégation en prétendant que Jeanne n’en avait pas été à l’origine. L’usurpateur ne sera destitué par Rome qu’en 1890 et rappelé au Saint-Siège.
    Les soeurs, aidées financièrement par les frères capucins, s’installent en 1879 dans une petite maison située au pied de la colline de la Gravette et en bordure de la route de Narbonne. L’habitation est enserrée dans un très joli jardin donnant sur un vaste vignoble sur lequel on projette d’établir le futur asile. Les petites soeurs des pauvres au nombre de six hébergent quatre à cinq malheureux vieillards dépourvus de ressources. Le 1er avril 1881, l’évêque du diocèse de Carcassonne nomme l’abbé Pierre Edmond Tiquet (1839-1904) comme aumônier de l’asile. Après son décès, il sera successivement remplacé par l’abbé Chrestia et l’abbé Brunet à partir de 1906.
    Le 21 novembre 1883, Mgr Felix-Arsène Billard pose la première pierre et procède à la bénédiction du futur asile des Petites soeurs des pauvres, le long de la route de Narbonne. Les plans sont dressés par Charles-Emile Saulnier, architecte diocésain. Dès lors, la réputation et la popularité des soeurs ne cesse de croître parmi la population. En pleine tourmente anti-cléricale, les républicains tentent de s’organiser pour déprécier l’action sociale de ces religieuses qui servent la soupe à la « classe dirigée ». À l’acte de charité, jugé comme avilissant, la république opposent les valeurs de solidarité issues de la Révolution française. Ce n’est donc pas un hasard si, au même moment, le conseil départemental affiche sa satisfaction de voir se réaliser l’asile de Bouttes-Gach grâce aux derniers de la citoyenne Casanove, épouse Marcou.

     

    Le bâtiment de l’asile des Petites soeurs des pauvres a la forme d’un U. Les vieillards occupent l’aile droite, les femmes l’aile gauche. Au réfectoire des hommes, une immense salle éclairée de tous côtés par de hautes et larges fenêtres ; au premier étage, de grands dortoirs avec une double rangée de lits. Chaque semaine les Petites soeurs, aidées par les femmes âgées les plus valides, lavent à grande eau le parquet et tous les samedis, la lingère dépose à chaque pensionnaire les effets de rechange .En 1895, l’asile en compte cent-dix dont beaucoup participent aux travaux de jardinage et de raccommodage. De l’infirmerie dans laquelle viennent doucement laisser leur dernier souffle, on accède à la tribune de la chapelle bénie le 19 mars 1891 par Monseigneur l’évêque.
    Les soeurs font vivre leur établissement grâce à la charité des Carcassonnais. Tôt le matin, un attelage archaïque conduit par un vieillard se rend en ville. Il s’arrête à la porte d’un café ou d’un restaurant ; deux religieuses en descendent et l’on voit leurs robes noires et leurs blanches coiffes disparaître à l’intérieur du commerce. Elles ne ressortiront qu’avec des caisses, des paniers ou des bidons ; ils seront acheminés vers l’asile au bénéfice des vieillards.
    Les Petites soeurs des pauvres quittèrent Carcassonne en 1973 faute de n’avoir pas pu réaliser les travaux de modernisation nécessaires à l’asile. L’oeuvre se poursuivit néanmoins en France et dans le monde.

    En début d'année 1977, la municipalité Gayraud décida lue transformer l'ancien Asile des Petites soeurs des pauvres, en 53 logements-foyer pour personnes âgées. Le bâtiment fut par le Conseil général de l'Aude puis vendu à la ville pour le franc symbolique pour l’Office H.L.M. Le montage financier s'établit comme suit :
    Caisse des prêts aux organismes HLM : 2.818.00 frs
    E.P.R : subvention de 170.000 frs
    O.R.G.A.N.I.C : 141.000 frs
    B.A.S : 500.000 frs
    H.L.M Aude : autofinancement 150.000 francs
    Ville de Carcassonne : 500.000 francs

    La restructuration des bâtiments et leur transformation avec la fermeture de l’entrée fut confiée à l'architecte Mlle Cailhau. La Roseraie disposait ainsi d'une superfine totale de 2905 m2 dont 1575 sont réservés aux logements. À l'intérieur, les aménagements collectifs comprenaient une salle à manger de 72 places située dans l'ancienne chapelle, 4 salons, une salle de jeux (46 m2), une cuisine collective (63 m2), une salle polyvalente pour 99 personnes (232 m2) et un jardin de 12 000 m2. Ce sont au total 55 logements qui furent construits pour des personnes âgées non dépendantes. Il s'agissait de studios avec cuisine et chambre à l'exception de neuf type F1 et d'un type F2. Chaque pensionnaire bénéficiaient d'une buanderie équipée de machines individuelles et d'un service de restauration, qu'il pouvait prendre en salle ou dans son appartement. Les loyers allaient de 480 à 890 francs (allocation logement comprise). Selon le maire, tout a été fait pour que l'on puisse se loger et se nourrir même avec le minimum vieillesse de 916,66 francs. En 2015, il est de 800 euros. Le jour de l'inauguration 60% des logements avaient déjà été pourvus ; un succès qui ira croissant dans les mois suivants. Au dessus du portail, le dessin en faïence est l'oeuvre du peintre Jean Camberoque (1917-2001).
    Au moins de décembre 2010, la Communauté d'Agglomération du Carcassonnais présidée alors par Alain Tarlier, fit l'acquisition des bâtiments de la Roseraie au bailleur social Habitat Audois, représenté par Robert Alric qui avait obtenu les bâtiments pour l'euro symbolique de la ville de Carcassonne. La valeur vénale estimée par France domaine, s'élevait à 2,29 millions d'euros. Le président indiqua son souhait d'y installer les bureaux de l'Agglo ; le déménagement coûterait 8 millions. Finalement après cet achat la Communauté d'Agglomération abandonna son projet. Elle s'installa dans les locaux de l'ancien EDF, au square Gambetta. La Roseraie resta sa propriété mais à l'abandon. Depuis ce temps, l'administration territoriale chercha un nouvel acquéreur pour ce bien ; c’est la société immobilière Nexity emporta la Roseraie pour 1,1 millions d'euros afin d'y réaliser une résidence privée pour séniors. Le projet est en cours…

    Martial Andrieu - Musique et patrimoine de Carcassonne

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