René Nelli

    (Carcassonne,20 février 1906 – 10 mars 1982).
    Page   26 Juin 2017

    En lui se mêlaient plusieurs sangs, celui de cette longue lignée de sculpteurs et d'artisans florentins arrivés en France vers la fin de la Renaissance, mais aussi celui des Cazals de Boulhonnac, seigneurs de ce village au XVIIIe siècle. Il eut la jeunesse studieuse et sereine qu'offrait encore la province jusqu'à sa rencontre en classe de terminale avec le philosophe Claude Estève qui l'amènera très vite dans ce lieu essentiel où se tissait en liaison avec les esprits les plus libres, l'œuvre déterminante d'un gisant : la chambre de Joë Bousquet. Là il rencontre Ferdinand Alquié, Pierre et Maria Sire, Pierre Bru, Gaston Bonheur…Puis c'est l'hypokhâgne de Louis-le-Grand avec Merleau-Ponty, Brasillach, Vailland, une licence de lettres en Sorbonne, complétée par une autre de philosophie à Toulouse. C'est aussi l'époque des premiers textes publiés, dans Chantiers à Carcassonne, dans les Cahiers de l'Etoile de Carlo Suarès, dans la rue belge Variété, les contacts exaltants avec le surréalisme. Le service militaire d'abord, les contingences matérielles ensuite, qui lui firent prendre un poste à Maubeuge après un court séjour à l'Institut Français de la Faculté des Lettres de Zagreb, tempèrent cet enthousiasme intellectuel. Le retour dans le Midi à Castelnaudary avant Carcassonne, marque le début d'une carrière vouée à l'enseignement et à la recherche, ponctuée au fil des jours par des travaux et des contacts avec quelques-uns des plus grands écrivains de l'époque dont certains devinrent ses amis sans l'avoir jamais vu. Après une brève mobilisation au début de la guerre, c'est le retour à Carcassonne, terre d'accueil d'écrivains fuyant la zone occupée comme Benda, Aragon, Simone Weil… puis, autour de Joë Bousquet, lieu de résistance à la barbarie nazie. En 1945, à la Libération, René Nelli participe activement à la création de l'Institut d'Etudes Occitanes ; la même année il épouse Suzette Ramon, poétesse ésotériste, qui sera, collaboratrice et confidente, l'amie des bons et des mauvais jours. Quelques années après, en 1947, Nelli est nommé conservateur du Musée des Beaux-Arts de sa ville. Il se voit confier à la Faculté des Lettres de Toulouse, un cours d'ethnographie qui deviendra rapidement un haut-lieu de l'ethnographie méridionale, fascinante ouverture aux multiples aspects de la civilisation traditionnelle.
    Les ouvrages succèdent aux ouvrages, les articles aux articles, dans le calme des jours rompu par les éclatants hommages que l'on rend à Paris, en Italie, en Allemagne, aux U.S.A…..au poète, au philosophe, à l'ethnologue ; de rares voyages –malgré les invitations nombreuses et pressantes- accompagnés de conférences, le conduisent en Belgique, en Bulgarie, l 'écartant des demeures essentielles de la rue du Palais et de son château de Bouisse où s'épanouit une œuvre d'une singulière richesse. En effet, de la production poétique aux études philosophiques, ses chemins sont multiples, embrassant un immense savoir, la réflexion ontologique marquant toujours de son empreinte la diversité des textes auxquels elle donne son unité. Ainsi par un jeu de miroir la création pure (Le tiers amour, Arma de Vertat…)donne naissance à une théorie poétique (Poésie ouverte, poésie fermée), les travaux fondamentaux, sur les troubadours et la littérature courtoise (L'Erotique des troubadours, les Troubadours, Ecrivains anti-conformistes du Moyen Age occitan…) fondent une érotique générale (L'amour et les mythes du cœur, Erotique et Civilisations…) ; l'analyse du catharisme le débarrasse de ses scories idéologiques au profit d'une approche sémantique et métaphysique (Le phénomène cathare, La nature maligne dans le dualisme cathare du XIIIe siècle…)
    Méditant sur les formes les plus hautes de la spiritualité, René Nelli ne sépare pas pour autant le dire de " l'être au monde " de son faire, observateur attentif de la création populaire dans tous ses états, attaché à analyser aussi bien les objets domestiques que les manifestations religieuses, littéraires ou purement festives (Le Languedoc et le Comté de Foix, Le Roussillon).
    Par-delà l'œuvre, subsiste, au fil de mémoire, de longs monologues, au vrai socratiques tant ils veillaient à ouvrir à chacun les chemins de son destin et les déambulations nocturnes, quête primordiale d'un sens, incarné, ça et là, dans la ville en de fulgurantes visions.
    Jean-Pierre Piniès - Les Audois (ISBN 2-906442-07-0)

     

     

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