Carte blanche à Claude Marquié

    1920 – 1940 : L’Art Déco à Carcassonne

    Les bouleversements provoqués par la Grande Guerre expliquent la recherche de nouvelles expressions artistiques dans l’entre-deux-guerres. À l’Art nouveau qui avait triomphé avant 1914, se substituent les arts décoratifs, en référence à une exposition de 1925, consacrée à la décoration d’intérieur. L’extension rapide du terme aux beaux-arts permet de voir que l’architecture Art déco est caractérisée par le retour à la ligne droite du néo-classicisme et à un décor moins ondulant que celui de l’Art nouveau, mais souvent coloré. Ainsi est masqué le recours au béton, armé ou précontraint, et à l’acier, qui allègent murs porteurs et façades, en élargissant les limites jusqu’alors imposées aux ouvertures.

    Un bel exemple est le théâtre Jean-Alary, véritable prouesse des architectes R. Esparseil et Oudin, qui, en 1935, réussirent à l’insérer à l’angle de deux rues, tout en le surélevant pour éviter toute impression d’étouffement. Sont évidentes la rectitude des lignes et la symétrie des ouvertures, tandis que le travertin romain, utilisé en parement, met en valeur marbres, colonnes et pilastres. Dans le prolongement du théâtre, fut réalisée « l’ancienne mairie » qui remplaça l’hôtel de ville des XVIe-XVIIe siècles.

    L’ensemble, qui concrétisait un projet datant d’un demi-siècle, doit être porté au crédit de la municipalité animée par le docteur A. Tomey, à laquelle on doit attribuer également l’école Jean-Jaurès, inaugurée officiellement en juillet 1928 par le Président G. Doumergue. Plus grand groupe scolaire de l’époque, sa façade impressionne par ses dimensions et son apparente courbure, tandis que les pavillons d’angle sont allégés grâce à la coloration ocre rouge qui se substitue au jaune, et par les ferronneries des portails, alors que neuf panneaux de mosaïques en pâte de verre représentent des coupes d’oranges
    Cet imposant chantier, entrepris par Emile Gustave Bertrand, Audois installé à Paris, fut terminé par son fils Jean et par Paul Enderlin, (1888- 1969), qui, après les Beaux-arts parisiens avait pris la suite du cabinet Bertrand-Vidal. On doit au même architecte le cinéma Odéum (1927) avec ses 1 100 places, ses colonnes en façade, son promenoir et ses grandes ouvertures, mais aussi le collège Varsovie, ancien couvent acheté par la ville en 1905, devenu lycée de jeunes filles à la rentrée 1925 et surélevé en 1947 par Charles Bourely. Si le béton triomphe, on le masque par une décoration discrète, à l’aide de panneaux encadrant les fenêtres des étages. Ici encore, le retour à la ligne droite et la géométrie des ouvertures sont manifestes, la belle ferronnerie du portail avec ses têtes de jeunes filles étant également très Art déco.

    Nous sommes redevables à P. Enderlin et à ses disciples de plusieurs réalisations caractéristiques de cette période, que nos lecteurs pourront découvrir, mais deux immeubles présentent des décorations originales. L’ancienne épicerie Canavy, à l’angle sud-ouest des rues Chartrand et Verdun, au pan coupé arrondi, a été ornée par Florentin Belin de roses Macintosh, de corbeilles de fruits, de ferronneries, et au 58 rue de Verdun une mosaïque dorée, faite de motifs floraux, a été réalisée par le célèbre cabinet Gentil-Bourdet.
    Toutefois ce bref inventaire comporte seulement quelques exemples de ce que notre ville doit à l’expression artistique de cette période.

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