Fictions documentaires : Festival de la photographie sociale

Du 12 novembre au 12 décembre - Jours et horaires d’ouverture selon les lieux
Divers lieux d'exposition

Fiction documentaire – un oxymore en apparences, mais un genre photographique à part entière. Alliant la fiction et l’approche documentaire, il encapsule avec justesse ce qu’est notre société aujourd’hui. Cette pratique contemporaine est à l’image de ce qu’est le GRAPh ; une identité plurielle, qui mélange et allie des actions de programmation artistique aussi bien que des actions qualifiées de sociales. A travers sa programmation, son soutien à la création, ses interventions auprès des publics spécifiques, ses actions d’éducation à l’image, le GRAPh provoque cette rencontre fertile entre le monde de l’art contemporain et le public dans toute sa diversité. Pour la cinquième année, cette « provocation » porte un nom : Fictions Documentaires, un festival de la photographie sociale à Carcassonne.
Éric Sinatora,
directeur du GRAPh, chargé de programmation

Maison des mémoires - 53 rue de Verdun
Mohamed BOUROUISSA / Périphéries

En proposant une rétrospective de son travail Périphéries, le GRAPh est fier de présenter une photographie qui incarne la fiction documentaire, une photographie qui parle de la société en prenant le parti de s’intéresser à la marge, aux personnes et aux lieux victimes des raccourcis de l’image médiatique. Avec une approche transversale, diverse et riche, Mohamed Bourouissa défend une photographie porteuse de sens et de reconnaissance. Après de longues périodes d’immersion, les projets de Mohamed Bourouissa donnent à voir des fragments de réalité en faisant émerger des récits nouveaux. C’est sa connaissance approfondie du terrain qui donne toute sa puissance et sa pertinence à son travail de création. Christian Gattinoni et Eric Sinatora, conseiller et directeur artistiques du festival, présentent en collaboration avec le galeriste Kamel Mennour une sélection issue du parcours extraordinaire de Mohamed Bourouissa, grande figure de sa génération.
WEB : kamelmennour.com/artists/mohamed-bourouissa

Archives Départementales - 41 Avenue Claude Bernard
Prune Phi / Otherworld Communication / "Sortie d’atelier-résidence, programme Entre les Images"

« Otherworld Communication » questionne l’évolution de traditions Sud- Est Asiatiques liées au culte des ancêtres faisant face au développement rapide des outils de communications et des nouvelles technologies. L’installation pluridisciplinaire dévoile les indices d’un monde parallèle peuplé par nos ancêtres. Ceux-ci ont besoin de biens matériels qui ne peuvent leur être envoyés que depuis notre monde par l’incinération de fac similés fabriqués en papier ou carton. Otherworld Communication est une société [fictive] fabricant ces objets votifs activés et envoyés par l’immolation. Cet opérateur téléphonique spécialisé dans les échanges inter-mondes offre ses services pour rendre possible une communication entre les défunts et les vivants. La voix de l’opératrice téléphonique, diffusée sur des sculptures sonores fabriquées en collaboration avec l’artiste Tal Yaron, explique la marche à suivre.
En parallèle, dans le cadre du programme de transmission « Entre les Images » porté par le Réseau Diagonal, Prune Phi mène un projet avec des lycéens de l’Aude sur les moyens de communication et les outils employés pour garder le contact à distance. Les circonstances actuelles nous obligent à garder nos distances physiques et sociales, à travailler ou faire l’école à la maison par écrans interposés, et nous force à envisager de nouveaux modes de rencontres et d’existence ensemble tout en étant ailleurs. Des correspondances ont été initiées entre différents lycées à travers une création uniquement réalisée au téléphone portable. Les élèves du lycée Saint-François de Carcassonne, du lycée Jacques Ruffié de Limoux, et du lycée Ernest Ferroul de Lézignan-Corbières ont ainsi établi de véritables liens de communication, aussi métaphoriques que poétiques.
WEB : http://prunephi.com

Galerie du Graph - 82 rue de Verdun
Ulrich Lebeuf / Spettri di Famiglia

« Il y a bien évidemment des questions que l’on se pose avec le temps qui passe, et celle de l’identité en fait partie. Ma mère, Charlotte, est née en 1938 en France d’un père Napolitain et d’une mère Française. Les Napolitains sont particulièrement attachés à leur terre, leur pays. Elle s’est donc rendue dès sa plus jeune enfance, l’été à Naples, en famille. À ce moment ses parents décidèrent de ne pas l’élever et de la laisser au « pays » sous la responsabilité de son oncle. Un homme extrêmement violent, d’abord envers son épouse, ensuite envers cette petite fille dont il avait la charge. À l’âge de 16 ans, elle s’enfuit des griffes de cet homme, avec la culpabilité d’abandonner sa tante. Ma mère a gardé un lien très particulier avec ce territoire, un mélange de terreurs avec cet homme, et d’amour avec cette femme. J’ai imaginé Napoli toute mon enfance par le biais de ses histoires, de ses souvenirs, entre fascination et dégoût, entre violence et tendresse. En 2015 j’ai ressenti le besoin de découvrir cette ville en sa présence. Elle n’y était jamais retournée. Il me fallait photographier cette ville fantasmée, constituant indirectement mon histoire. Cette ville ou la fascination de la mort est rythmée par un hymne à la vie unique qui lui appartient. Par différents processus photographiques, entre fiction et réalité, j’invente peu à peu un album de famille, et rend visible par mes images les personnages de son histoire, de mon histoire, des visages et des lieux inconnus à ma mémoire. Je reviens sur le lieu d’un drame, je photographie un territoire avec cette même fascination naissante en moi.

Chapelle des Dominicaines - 17 rue de Verdun
MATTHIEU GAFSOU / Sacré

L’enquête photographique que livre Matthieu Gafsou sur l’église catholique fribourgeoise (un canton suisse) est sans concession, subjective et documentaire à la fois. Dans un mouvement dichotomique perpétuel entre le noir profond et un blanc presque éblouissant, s’exposent des vues architecturales lumineuses et inanimées et les figures qui incarnent l’église et ses liturgies représentées dans des clairs-obscurs caravagesques. L’espace de l’église est scénographié autour de l’idée du sacré, il y a une mise en scène extrêmement maîtrisée que le photographe met à nu avec la distance et le traitement esthétique que l’on connaît de ses séries d’architectures et d’environnements extérieurs naturels. L’élément humain vient incarner cet espace scénarisé et semble en refléter la hiérarchie. Abbés, prêtres, peu de fidèles, peuplent cette série, mais c’est leur fonction et leur rôle qui les subliment, apostolats de rites anciens auxquels ils s’accrochent manifestement comme à un maigre reste de pouvoir longtemps échappé. Hors du temps, c’est l’essence même du rituel qui transparaît, au fond peu importe qu’il soit encore sacré ou qu’il ait perdu cette dimension. Les cultes d’adoration chrétiens ont perdu de leur panache au profit des rituels de consommation. On ne peut s’empêcher de ressentir ce travail au travers du spectre de l’histoire de l’art tant le rôle de l’église a été important dans cette perspective. Dans ses compositions rigoureusement construites et soignées, c’est un peu de la grandeur de l’art sacré et du mécénat ecclésiastique que Matthieu Gafsou évoque en même temps qu’il décortique une iconographie catholique un peu bling bling et dépassée. Pour Matthieu Gafsou, la mort est omniprésente dans l’espace de l’église: «Les murs des couvents s’effritent, la relève ecclésiastique n’est pas assurée, on peut percevoir le manque d’argent et le dogme s’adapte avec difficulté à la société actuelle», c’est la tristesse de cette tragédie de décadence, qui a touché le photographe, qui illustre cette fin de règne avec beaucoup de poésie. L’ironie pointe ça et là et l’on sent un regard critique mais il ne s’agit pas d’un procès à charge. (Corine Stübi)
WEB : http://www.gafsou.ch/

Galerie du Graph - 82 rue de Verdun
MARINE LECUYER : Burning

« Burning est une fiction d’anticipation, dans laquelle j’imagine un monde où l’eau n’existe plus. À la croisée du réel et de l’imaginaire, la série invite à cheminer à travers les vestiges d’un monde qui brûle, et dans lequel l’Homme se confronte à sa propre disparition. Dans cette dystopie, fragments, traces et souvenirs tissent la trame d’un récit intime, et questionnent la relation ambivalente que nous entretenons avec notre planète. Chaque élément devient tour à tour indice, symbole ou relique d’un monde suspendu, dans lequel nous ne savons plus tout à fait si la catastrophe a déjà eu lieu, ou si nous pouvons encore agir, afin de l’éviter. » Avec un travail s’inscrivant indéniablement dans la fiction documentaire, Marine Lécuyer nous emmène dans l’une de nos angoisses les plus pressantes, dans un monde où le désastre environnemental se réalise. Aussi beau que désolé, le paysage de cette réalité s’offre à nous et nous inspire aussi bien l’admiration, la poésie, que le sentiment d’une perte irréparable.
WEB : https://marinelecuyer.com/

Maison de la Région - 5 rue Aimé Ramond
OMAR IMAM / Love, Live, Refugee

Dans sa série Live, Love, Refugee, Omar Imam cherche à dissoudre la représentation habituelle des réfugiés Syriens en remplaçant chiffres, rapports officiels et statistiques par des hallucinations, des peurs, des rêves. Dans plusieurs camps de réfugiés situés au Liban, Omar a collaboré avec des personnes pour faire ensemble cette catharsis, qui est un réel processus de guérison. Il leur propose de mettre en scène leurs rêves : des rêves de fuite, des rêves d’émasculation, des rêves d’amour et d’horreur. Les images qui résultent de ce travail, rares et surréalistes, évoquent les mondes intérieurs les plus intimes de ceux et celles qui survivent, tous les jours, avec des racines qui s’étirent au fur et à mesure qu’ils s’éloignent de leur lieu d’origine. Ainsi, les images de Live, Love, Refugee mettent à l’épreuve nos projections de victimisation, en offrant une nouvelle porte d’entrée vers l’imaginaire dans lequel naît notre humanité.
WEB : www.omarimam.com

Contact

Le Graph

04.68.71.65.26
cmigraph@gmail.com

Tarif(s)

Entrées libres et gratuites pour toutes les expositions et les animations liées au festival.
Médiations gratuites pour les scolaires et pour les groupes constitués sur réservation.
Médiations spécifiques pour publics malvoyants.