Carte blanche à Jean Blanc, historien

    La découverte de la chapelle et du tombeau de Guillaume Razouls

    évêque de Carcassonne de 1255 à 1266.

    Pendant que je travaillais à la monographie de l’église Saint-Nazaire… je reconnus qu’un édifice dépendant de la cathédrale avait subi de notables changements depuis sa construction. Je crus alors convenable d’indiquer le point où les fouilles me semblaient devoir être pratiquées avec succès

    Jean Blanc, Historien

    Ainsi s’exprime Jean-Pierre Cros, dans une étude rédigée en 1840 sur la chapelle de l’Évêque Guillaume Razouls.

    Cet édifice est édifié à partir de 1259-1260. Un document précise que le prélat fait construire, non loin du cloître et des bâtiments capitulaires, un local qui devait servir de chapelle à l’infirmerie du chapitre canonial. À sa mort, en 1266, l’Évêque bâtisseur est enterré dans ladite chapelle.
    Au cours des dernières années de son règne, le roi Louis IX autorise Bernard de Capendu, le successeur de Guillaume sur le trône épiscopal de Carcassonne, à entreprendre le grand chantier qui va donner le jour au choeur et au transept gothiques que l’on peut voir aujourd’hui.
    L’une des conséquences de la réalisation de ces travaux, qui débutent après 1269, se traduit par l’accolement de la chapelle de Razouls à la cathédrale.
    En effet, l’extrémité du bras sud du transept prend appui sur le mur nord de la chapelle qui était dédiée à la Sainte Trinité.

    Dans son étude, Jean-Pierre Cros évoque « la petite sacristie qui est à l’extrémité du transept méridional » en précisant que ce lieu « a une longueur de 13 mètres 30 sur une largeur de 5 mètres 10 ». Par conséquent, l’ancienne chapelle contemporaine de la deuxième moitié du XIIIème siècle a été transformée en sacristie à un moment donné.
    Peut-on dater cette transformation radicale qui s’est concrétisée notamment par une surélévation du sol d’environ 2 mètres ainsi que par le percement d’une porte permettant un accès direct dans ce local depuis le bras méridional du transept de la cathédrale ?
    Le procès-verbal de la visite de l’église cathédrale effectuée par Monseigneur Armand Bazin de Bezons les 12 et 13 mai 1754, mentionne l’existence de « la petite sacristie qui est à côté de la grande ».
    Ainsi, dès le milieu du XVIIIème siècle, l’ancienne chapelle est devenue une sacristie.
    Pour Jean-Pierre Cros, ce monument « paraît être resté caché depuis le commencement du XVIème siècle jusqu’à nos jours [1839], c’est-à-dire pendant trois siècles environ ».
    Le 18 juin 1839, J.P Cros évoque les fouilles qu’il vient de faire opérer dans une lettre qu’il adresse à Arnaud Coumes, Maire de Carcassonne : « … le succès a répondu à mon attente et j’ai la satisfaction de vous annoncer que l’un des plus élégants tombeaux du XIIIème siècle a été trouvé… ce monument est dans un état de conservation parfaite… ». L’auteur de la lettre poursuit en précisant que la découverte a été faite la veille, c’est-à-dire le 17 juin.

    L’importance de la découverte n’échappe pas à Jean-Pierre Cros : « toutes les parties du mausolée sont traitées avec une si grande délicatesse qu’on n’exagérera pas son mérite en le plaçant au rang des plus précieux que nous ait légués la grande époque de l’architecture religieuse ».
    Cette importance est également reconnue par Eugène Viollet-le-Duc qui mentionne le monument dans le tome IX du Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIème au XVIème siècle.
    Des historiens de l’art, tels que Michèle Pradalier-Schlumberger, ont souligné le caractère spécifique de ce tombeau.
    La nouveauté remarquable qu’introduit en Languedoc le sarcophage de G. Razouls concerne le thème des funérailles : un cortège funèbre composé de personnages sous arcatures présidant à la cérémonie.
    Les modèles de ce type de tombeau inspiré au XIIIème siècle en Languedoc proviennent d’Ile-de-France.

    Le temps des restaurations
    Le 7 octobre 1840, le préfet de l’Aude écrit à Champagne, l’architecte du département, pour l’informer qu’il a « adressé à M. le Maire de Carcassonne, un mandat de 15 000 francs pour être appliqué à la restauration du tombeau de l’évêque Radulphe et de l’église de la Cité ». (Arch. Dept. Aude, 4T147)
    En 1841, la grande arcature encadrant la dalle verticale qui présente l’effigie du prélat défunt est entièrement remodelée par Champagne. A l’issue d’une visite effectuée à l’ancienne cathédrale de la Cité de Carcassonne, Eugène Viollet-le-Duc n’hésite pas à critiquer très vivement le travail réalisé par Champagne : « Ce couronnement dépare ce tombeau si précieux ».
    Cette chapelle contemporaine des années 1260-1266, offre un bel exemple de l’architecture gothique en Languedoc. Compte tenu de l’intérêt présenté par le décor et la disposition du tombeau du prélat bâtisseur, il serait souhaitable que ce lieu soit à nouveau ouvert à la visite.

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